Emploi Germanophone dans l’Ouest – A l’appel du CAFANA, les forces vives du franco-allemand se mobilisent autour de l’enjeu.

100 professionnels rassemblés aux 1ères Rencontres de l’Emploi Germanophone dans l’Ouest, le 18 octobre 2018 à Nantes

Les 1ères Rencontres de l’Emploi Germanophone dans l’Ouest, organisées par le CAFANA – Club d’Affaires Franco-Allemand Nantes-Atlantique – ont réuni 100 professionnels à Nantes le 18 octobre 2018. C’est un succès pour les organisateurs qui ont aussi associé à la manifestation l’ensemble des réseaux franco-allemands afin de renforcer leur maillage. Etaient présents notamment le Consul Honoraire de la République Fédérale d’Allemagne à Nantes, le Club d’Affaires Franco-Allemand Rennes-Bretagne, les parcours juristes franco-allemands des Universités de Nantes et de Rennes, le Centre Culturel Franco-Allemand de Nantes.

L’échange de bonnes pratiques, organisé autour de cinq experts, a donné aux participants un éclairage sur les leviers permettant de concilier l’ancrage à l’Ouest et la valorisation des compétences germanophones dans les parcours professionnels. Animée par Marion Closier du Cabinet VIFA, la table ronde réunissait Anne-Laure de la Celle, DRH de l’entreprise nantaise Rosemood, Nathalie Garry, Chargée de Développement à l’International à l’Agence Régionale des Pays de la Loire, Jana Scholz, Key Account Manager Région DACH, Jean-François Rieffel, Responsable des Partenariats Institutionnels à l’APEC et Marc Tempez, Fondateur et CEO du cabinet de recrutement franco-allemand Perspektiv.

A l’issue de la table-ronde, les entreprises en recherche de talents ont été invitées à présenter brièvement les types de profils recherchés. Les Rencontres se sont clôturées par un apéritif réseau et la possibilité de speed dating entre entreprises et candidats, des échanges qui, pour certains, ont déjà abouti à un entretien de recrutement.

L’emploi germanophone en région : une évidence ?

Pour le CAFANA, la question de l’emploi germanophone en région est une évidence qui s’impose à tout acteur ou observateur du commerce extérieur, des investissements étrangers sur les territoires et des stratégies d’innovation en Europe face à la compétition mondiale. L’Allemagne est et demeure notre allier premier et stratégique sur ces trois dimensions. 1ère destination export des entreprises françaises, 2e investisseur en France après les USA et champion de l’innovation. La situation de l’emploi germanophone en région est donc bien un marqueur du dynamisme d’un territoire dans la compétition mondiale.

En initiant ces 1ères Rencontres de l’Emploi Germanophone, le CAFANA met en lumière l’enjeu de cette question mais aussi le fait que le sujet est loin d’être une évidence, tant pour les entreprises en recherche de talents que pour les talents qui bien souvent ne se maintiennent pas sur notre territoire faute d’y trouver une satisfaction professionnelle.

 

  

Conseils d’experts :

Si vous ne voulez pas changer de région, attirez les capitaux allemands dans l’Ouest !

Le premier conseil de l’APEC aux germanophones est bien d’aller là où il y a de l’emploi et non là où l’on souhaite qu’il y en ait. Le déménagement en Alsace pour ceux qui ont leurs attaches sentimentales et/ou familiales dans l’ouest n’est pas forcément une option. Alors, si vous êtes cadres germanophones et souhaitez vous investir dans l’Ouest, pourquoi ne pas contribuer à y attirer les capitaux allemands, suggère Jean-François Rieffel ? La bonne nouvelle pour les germanophones et pour l’Ouest français est que les entreprises allemandes s’implantent en France de plus en plus en fonction des compétences et de moins en moins en fonction de la proximité géographique.

La deuxième bonne (ou mauvaise) nouvelle est que la langue allemande devient une compétence rare. Tout attractive qu’elle soit, notre région n’attire pas les Allemands contrairement aux régions frontalières, Paris et la Côte d’Azur. Seuls 1% des Allemands vivant en France vivent en Pays de la Loire. Les 1400 citoyens allemands en Pays de Loire arrivent en nombre loin derrière Portugais, Russes, Roumains et Belges. L’enseignement de l’allemand régresse aussi au profit du Russe, du Chinois et de l’Arabe. L’inspection académique estime aujourd’hui à 20,7% la part des lycéens germanistes, 15,9% celle des collégiens et 4,4% celles des lycéens professionnels.

La Région Pays de la Loire a pris la mesure de l’importance d’avoir une stratégie Allemagne pour mieux exporter. Le département formation et emploi de la Région encourage notamment les exportateurs par un dispositif d’aide au recrutement de commerciaux export. Afin de soutenir le développement et de maintenir l’ancrage des entreprises à capitaux étrangers en région, la Région Pays de la Loire a initié la « Dynamique entreprises à capitaux étrangers ». Cette initiative met en relation 50 chefs d’entreprises étrangères (dont les groupes allemands Vaillant, Claas, Enercon, Thyssen Krupp) et permet à la Région de partager leurs thématiques et d’être à l’écoute de leurs besoins, notamment en matière d’emploi.  En Pays de la Loire, les entreprises allemandes sont les premiers investisseurs étrangers et représentent 16% des emplois avec 156 établissements et 10500 salariés.

Enlevez la 5eme patte du mouton !

Quels conseils donner à une entreprise qui souhaite recruter une compétence germanophone ? Pour Marc Tempez, du cabinet de recrutement franco-allemand Perspektiv, les entreprises ont tendance à compliquer la recherche du meilleur profil par un trop grand nombre de critères, ce qui fait s’évaporer le nombre de CV disponibles. Le premier conseil à donner aux entreprises est donc « d’enlever la 5eme patte du mouton, le mouton à 5 pattes n’existant pas » et d’apprendre à être plus flexibles sur les critères de sélection, dont l’exigence de recruter un allemand natif. L’entreprise doit savoir faire évoluer une recherche de talents. Pour cela, mieux vaut dès le départ se faire accompagner par un cabinet spécialisé, ceci d’autant plus que le troisième conseil à donner est de penser l’intégration du salarié allemand dans l’entreprise en préparant le recrutement.

Faites bouger les lignes !

Si l’entreprise cherche le mouton à cinq pattes, le profil germanophone, de son côté, habitué à des intitulés de postes plus généraux en Allemagne, se demande en premier lieu comment faire rentrer son profil dans une case pour se rendre visible, et comment donner envie dans un CV en une seule page sans fournir aucun détail sur la réalité de ses aptitudes professionnelles et sociales.

 

Ce qui déstabilise le plus un germanophone en situation professionnelle en France est de ne pas avoir de réponse claire à une question précise et de devoir apprendre à trouver seul la réponse à ses questions : comment faire pour atteindre les objectifs fixés, quels moyens sont à disposition ?

Enfin, un point essentiel qui est vécu de façon éprouvante pour les Allemands qui souhaitent travailler en région, comme pour les impatriés, est la question du salaire. La différence de salaires nets entre la France et l’Allemagne dans les grandes villes peut être colossale. Les primes et les bonus sont des moyens de compenser l’écart. Outre le challenge, la qualité de l’offre ou l’attractivité d’une région, c’est bien souvent le lien affectif qui maintient les talents germanophones en région et qui complique leur recherche d’emploi en impactant le facteur mobilité.

Compensez les écarts de salaires par le bien-être au travail !

Rosemood s’est fixé le défi de recruter des profils natifs, notamment allemands, autrichiens, belges et suisses. Pour y parvenir, l’entreprise sait faire bouger les lignes. Pour la DRH, Anne-Laure de la Celle, plus qu’une langue ou un diplôme, c’est un talent, le partage de valeurs, une personnalité, qui est recherchée. Rosemood illustre à merveille une démarche d’accueil et d’intégration des talents recrutés. Les nouveaux collaborateurs suivent un parcours d’intégration au sein de l’équipe avec un système de parrainage. L’entreprise a recours aux services de Nantes Métropole comme le Welcome Pack aidant les nouveaux arrivant à trouver un logement ou une école ainsi qu’aux services d’intégration proposés par la start-up nantaise switch-up. Rosemood valorise la solidarité de ses équipes et propose de nombreuses activités stimulant le bien-être au travail.

Trouvez les germanophones via les réseaux franco-allemands et ne restez pas seuls !

Un conseil de Rosemood pour trouver les talents germanophones : approcher les réseaux franco-allemands comme le CAFANA, le Centre Culturel Franco-Allemand, la Chambre Franco-Allemande de Commerce et d’Industrie, l’Office Franco-Allemand pour la Jeunesse et même la crèche franco-allemande nantaise Hänsel et Gretel !

En conclusion des échanges, Marion Closier souligne l’importance de savoir se remettre en question, soi-même ainsi que ses valeurs et références, quand on veut s’intégrer dans un nouveau pays, de se prendre en main et de ne pas rester seul.

La 1ère édition des Rencontres de l’Emploi Germanophone dans l’Ouest fait la démonstration de la présence sur le territoire de forces vives qui ne demandent qu’à s’impliquer dans l’économie. Elles représentent des compétences rares et acquises. Valoriser ces compétences au bénéfice de l’économie du territoire passe sans doute par la solidarité des réseaux d’entreprises, des institutions et des réseaux franco-allemands. Le Club d’Affaires Franco-Allemand Nantes-Atlantique donne l’exemple. Rejoignez-nous !